Où le Narrateur sort une timide narine du marécage que furent les 6 derniers mois de sa vie professionnelle...
...et tentera par un chantage affectif à la limite de la malhonnêteté de fendre le cœur du plus insensible de ses lecteurs dans le seul objectif d’obtenir une absolution sans conditions et sans trop d’excuses, eût égard à sa fierté qui est démesurée, au contraire de sa virilité.
Me revoici en ces pages, Ami Lecteur, où coincé entre deux très fines analyses politico-médiatiques, ou entre deux nécrologies qui ont souvent de bon le Nombre mais pas le Gout ; je m’apprête pour la deuxième fois de mon existence bloguistique (Je n’ose dire écritoire, et encore moins littéraire), à expliquer mon absence.
Je n’aurai pas, cette fois ci, l’audace d’invoquer le quasi trépas d’une aïeule aimée, pour expliquer cette non présence Nikkoïenne, non je ne l’aurai pas.
Mamina va bien, Mamina se repose, Mamina vous remercie.
Non, cette fois ci point ne fut un drame familial à l’origine de cette traversée du désert, mais en même temps ; si tu es sagace, et je n’en doute pas (Nikko aime à penser qu’il ne compte parmi ses lecteurs que des gens dont le QI ne se confond pas avec leur pointure), si tu es sagace, donc, tu auras deviné par toi-même la raison de mon silence, puisque la raison en question fût l’objet de mes post d’Octobre précédent.
J’eus à cette époque la joie (Naïf jouvenceau que j’étais en ces jours bénis d’une insouciance lointaine) de t’annoncer que j’évoluais professionnellement, ceci pour mon plus grand plaisir, ainsi que celui de mon banquier.
Car à l’époque, c’était une joie.
Nous ne reviendrons pas sur les prémices de cette promotion car 1/ j’ai la flemme de tout réécrire (J’ai le droit d’être fainéant) ; 2/ tu n’as qu’à scroller de quelques articles vers le bas, et tu auras ta réponse (Tu n’as pas la droit d’être fainéant.)
Je pris donc mes fonctions un lundi de fin septembre, motivé-motivé comme eussent chanté certains saltimbanques toulousains, et heureux de n’avoir que quelques mètres à parcourir le matin pour me rendre au boulot.
J’avais d’ailleurs passé une soirée entière à rêver de ce que je pourrai faire de ce temps gagné, quel nouveau loisir j’allais pouvoir découvrir, continuer le sport, faire de la peinture sur soie, apprendre le mandarin ; mais c’était avant de découvrir la formule mathématico-goulaguienne qui allait régir mon existence à partir de ce jour :
Si [trajet] < [distance vers la plus proche station de métro] Alors {temps de travail} > {Maximum légal même en Ouzbékistan} Et Donc (Vie Perso) = (Peau de Couille)
Ce que l’on peut aisément résumer, à l’intention de l’Homo Sapiens Vulgaris non matheux, par « Quoi les 35 heures? dans ton cul, oui !!! ».
Ma première semaine, seule et unique semaine de formation d’ailleurs, vit une moyenne de labeur journalier entre 10 et 11 heures.
Ce à quoi je me dis, serein, « accroche toi mon Nikko (J’aime à être familier avec moi-même), ça ne durera que pendant ta formation. »
J’avais raison, ça ne dura que pendant la formation.
Après ce fut beaucoup plus
A ce jour, mon record fut de 15h42.
Un jour, l’une de mes réceptionnistes, candide créature, arguait que si mon job était un peu plus stressant que le sien, ce qui restait à prouver, j’étais « payé en conséquence ».
Je lui répondis en bon pédagogue, que ramené au nombre d’heures respectif que nous passions au travail, son taux horaire dépassait de beaucoup le mien, qui eut d’ailleurs fait frémir d’horreur le plus jeune des employés chinois de Nike à tel point qu’il m’eût sans nul doute tendu, le cœur serré de pitié, la moitié de son bol de riz mensuel.
Et puis je lui collais douze nuits d’affilée sur le planning suivant, car je ne suis pas très Hiérarchie-Hiérarchie, mais il y a des limites que le petit personnel se doit de savoir ne pas dépasser.
J’en arrive subtilement au deuxième point noir de ce poste. Les réceptionnistes, mon équipe, mes vassales...
Non pas qu’elles ne soient pas gentilles et charmantes, au contraire, mais j’ai touché du doigt une réalité qui depuis cimente l’édifice de mon existence : je déteste diriger une équipe.
Je m’explique : Je peux être d’un contact avenant, je peux même déconner au travail – à vrai dire je préfère même-, car j’ai toujours eu une sainte horreur des ambiances guindées instaurées par des chefs de service austères et rigides. Mais je déteste par-dessus tout me faire engueuler pour des conneries que je n’ai pas commises, au seul motif que je suis le chef de service des déracinées du bulbe qui ont laissé partir un client sans régler sa note, ou pris 15 réservations sur le jour ou il ne nous restait que 4 chambres. Déjà que j’ai du mal à apprécier de me faire pourrir pour les miennes, de conneries…
En fait j’ai découvert que ma vision du travail correspondait à peu de choses près à ceci : MON bureau avec MOI tout seul dedans, avec MON travail, qui s’arrête quand je ferme MA porte en partant, et que je retrouve au point exact où je l’ai laissé en partant la veille.
Je suis de plus ce que l’on peut appeler un « control freak » maniaque du détail, et vu que je pars du principe de « sicépamoikifécaseramalfé », la délégation est ma bête noire en même temps qu’elle est une charnière clé du management du moins du point de vue ACCRONIEN.
Et puis je dois avouer que ce rôle de paratonnerre entre les frêles buses que je dirige, et le dragon femelle qui me sert de directrice ne me seyait pas particulièrement.
Car voilà le dernier mais pas le moindre point noir du poste : LA HIERARCHIE
Ce que je qualifiais béatement de « Femme forte en gueule, typique, et admirable » se révéla vite n’être qu’un sac d’aigreur, caractérielle et hystérique.
J’étais tombé sous le charme à l’entretien, je me suis relevé sous les balles à la longue.
Stressante à m’en filer une trouille bleue d’aller au taf.
Décourageante à m’en gâcher un concert pourtant très attendu avec un sympathique Gaïen.
Effrayante à m’en coller un ulcère en pensant à la reprise avant même d’être en vacances.
C’est ce dernier argument qui d’ailleurs me conduisit à la décision qui fut la mienne il y a aujourd’hui un mois : La Démission.
Le fait même de flipper d’une reprise future qui n’en était pas une puisque je n’étais même pas encore en vacances fut l’élément déclencheur de la chose. Il était temps que j’arrête, je ne suis pas carriériste, je bosse pour vivre, je ne vis pas pour aller bosser.
J’ai donc décidé de changer de boulot, et de plaquer ce goulag Neuilléen, et une fois conseil (et bénédiction) pris auprès de mon ancien directeur, je me décidai.
Puis un soir, je reçus par la poste le décompte de ma « Participation », glorieuse invention de la gauche au service des masses laborieuses -n’en déplaise à Loracle- avec les congés payés et le kiri portion, plus pratique en vacances.
"Juste ciel, travailler rapporte donc", me dis-je, mais mon front pur et enfantin s’assombrit immédiatement du noir voile de la frustration, car oui, c’est bloqué 5 ans.
« C’est bien, capitalise, tu seras heureux de le trouver plus tard », me dit un charmant angelot sur mon épaule gauche, comme le cœur.
« Tu t’en branles, c’est TA thune, démissionne pour tout palper », me dit son alter égo un poil moins sage et un poil plus cornu sur la droite, comme le foie.
Bon, depuis un long moment, le foie travaille chez moi beaucoup plus que le cœur, et je n’ai jamais aimé les fainéants, alors…
Et puis, bien que matérialiste au plus haut point, je reste un fervent soutien des anticapitalistes, du moment que ces peigne-cul de prolétaires n’en veulent ni à ma tête ni à mon Mac.
Le temps de renvoyer ma moitié de conscience emplumée voir au KFC si j’y étais, et me voilà, attrapant une calculatrice d’un coté, mes différents relevés de l’autre, et de tapoter fébrilement et d’une main (j’ai une petite calculatrice) comme aux plus belles heures du minitel.
Le verdict est tombé, je déposai le lendemain sur le bureau d’une Patronne surprise une démission en bonne et due forme, avec du ‘’chère madame’’, et de la ‘’salutation distinguée’’ tout plein dedans.
Et de me mettre à compter les jours me séparant d’un repos bien mérité, et, (je ne peux ici retenir plus longtemps le sourire béat qui me déchire l’applique à bubons) d’un CDD de rentier, d’environ 4 à 6 mois.
Ne RIEN faire. Glander, me balader, voyager, voir des potes, déjeuner, reprendre le sport (qui a dit « il était temps !! » ?), faire de la peinture sur soie, apprendre le mandarin…
En bref vivre…
La Reine Mère, un temps horrifiée par cette preuve d'inconséquence de la part du fruit de ses entrailles qui est béni, vit vite ses récriminations calmées par un "Oui, mais comme ça j'aurai plus de temps pour venir...."
"Ah? tu arrives quand??" fut dès lors son leitmotiv
On verra ce qu’il se passera, peut être que ,comme on me le dit depuis que j’annonce autour de moi cette décision, je l’admet à l’emporte pièce, je me ferai chier comme un rat mort au bout de quinze jours, mais j’en doute….
En vous r'merciant, bonsoir....
Ps :"Oui, mais comme ça j'aurai plus de temps pour écrire...."
Paraphraseras tu la Reine Mère???